:: Les Physiciens de Friedrich Dürrenmatt ::

L'histoire
Les Physiciens se passe entièrement dans le salon d'une villa qu'on devine isolée, ancienne résidence d'été des von Zahnd, transformée en asile de fous... le mot est lâché. Précisons que Dürrenmatt maintient strictement l'unité de lieu, de temps et d'action. Une action qui se déroule chez les fous ne s'accommode que d'une forme classique.

Les fous sont au nombre de trois. Il faut dire que les malades de marque ont été transférés dans un bâtiment neuf et élégant. Ces trois fous sont (est-ce un hasard?) tous trois physiciens. Ils vivent chacun pour soi, chacun s'est tissé un monde imaginaire où il s'est enfermé, ils prennent leurs repas en commun dans le salon et échangent parfois quelques propos scientifiques.

Ils seraient des fous modèles si certaines choses un peu ennuyeuses, carrément horribles même, ne s'étaient passées. L'un d'eux a étranglé une infirmière. Autour du cadavre s'affairent les fonctionnaires de la police criminelle, aimables gaillards à l'âme tranquille, qui ont déjà absorbé leur ration de vin blanc et qui le sentent. Ils mesurent, prennent des empreintes digitales.

Qui sont-ils? Ceux qui se font appeler Newton, Einstein et Möbius. Des criminels? Des physiciens? Des fous? Des simulateurs? Ou tout à la fois? Nous sommes confrontés là à une énigme qui ressemble beaucoup aux problèmes que se pose, depuis quelques dizaines d'années, l'ensemble de l'humanité!

Le décor est planté. C'est dans cette situation un peu folle que commence la célèbre pièce de Friedrich Dürrenmatt. Le drame en deux actes peut alors débuter. Les Physiciens est une pièce surprenante qui laisse le spectateur se poser de nombreuses questions. Elles lui font croire qu'il maîtrise l'histoire... Mais pour combien de temps? L'ultime scène est tellement éloignée de la situation de départ que la rupture paraît presque iréelle.

L'auteur aborde, au travers de cette pièce, un important thème de société toujours d'actualité: Quelle est la responsabilité d'un chercheur face aux applications de ses découvertes? Les Physiciens nous présente un monde où aucune certitude n'existe et où toute situation peut évoluer vers son opposé en l'espace de quelques instants.

Mise en scène
Le premier impératif, que la troupe s'était fixé pour cette nouvelle pièce, était de baser notre travail sur les personnages. Grâce à l'aide du metteur en scène (et du travail d'Anton Stanislavski), les comédiens puisent en eux les traits et les choix que prendront leurs personnages tout au long de la pièce. La mise en scène tentera de créer une ambiance lourde où le spectateur sentira que quelque chose cloche dans le décor et dans la pièce sans pouvoir exactement trouver d'où vient le décalage. Pour les décors, nous avons opté pour des meubles modulaires. Les physiciens seront visibles en fond de scène dans la pénombre de leurs cellules, ce qui aura pour vocation de toujours rappeler au public leur présence et de créer une tension.

A propos de Friedrich Dürrenmatt
Né en 1921 à Konolfingen (Sud-Est de Berne), Dürrenmatt est fils de pasteur. Il entreprend lui-même des études de théologie à Berne et à Zürich. Puis il devient critique dramatique pour Die Weltwoche à Zürich. En 1947, sa première pièce C'est écrit est fort mal accueillie par le public et la critique.

Il qualifie son travail de "théâtre d'ironie". Il y traite tour à tour, avec une désinvolture caustique, de la décadence des civilisations, de la responsabilité des hommes de science, de la puissance de l'argent. En 1952, Le Mariage de Monsieur Mississipi, créé au Kammerspiel de Münich, lui vaut un immense succès; c'est une âpre satire de la bourgeoisie et une tentative de théâtre total. Ses œuvres, souvent comparées à celles de Bertold Brecht ou de Max Frisch, soulèvent à chaque création de nombreuses polémiques. Au gré de ses fantasmes, Dürrenmatt construit un théâtre de paradoxe. Parmi ses œuvres les plus connues, citons encore Romulus le Grand (1949), La visite de la vieille dame (1956), Frank V, comédie d'une banque privée (1959), Le Météore (1966).

Friedrich Dürrenmatt irrite et déconcerte. Ce qui frappe chez lui, c'est le mélange de vivacité et de lourdeur. Ce Suisse-allemand est épais mais retors. Les pensées sont volontairement schématiques quoique diaboliquement habiles. Les personnages, quasi inébranlables dans leur pesanteur charnelle, s'agitent comme des marionnettes. Le comique n'hésite pas à être gros et ne lésine pas sur les effets. Disons encore que Dürrenmatt affirme aussi un penchant très net pour les genres en marge de la littérature classique, en particulier pour les romans policiers. Il a écrit Le Juge et son bourreau (1950), Le soupçon (1951), La Promesse (1958). Cet immense auteur dramatique a quitté la scène terrestre en 1990.

Distribution
Mise en scène : Vincent Brayer
Comédiens :
Johan-Wilhelm Möbius: Samuel Bendahan
Herbert-Georg Beutler, dit Newton: Cédric Adrover
Ernst-Heinrich Ernesti, dit Einstein: Yves Londono
Mathilde von Zahnd, Directrice: Sonia Milici
Katherine Voss, Inspecteur de la brigade criminelle: Murielle Tenger
Monika Stettler, Infirmière: Hélène Isoz
Marta Boll, Infirmière-major: Corine Fiechter
Lina Rosier: Simone Honegger
Oscar Rosier: Sébastien Monachon
Olaf Sievers, Infirmier-chef: Angeli Hucher
Mc Arthur, Infirmier: Julien Heider
Bohrer, Agent de police: Juan-Sébastien Rial
Scénographie : Magaly Remy, Jasmine Schwabe-Schott, Catherine Favre, Aurélie Giger, Yasmine Saegesser, Etienne Dysli

Représentations
Salle Polyvalente de l'EPFL
Les samedi 26 à 20h et dimanche 27 avril 2003 à 18h, puis les mercredi 14 et jeudi 15 mai 2003 à 20h

Aula du Collège St-Charles de Porrentruy
Le vendredi 2 mai 2003 à 20h

Grange de Dorigny (dans le cadre du festival de théâtre universitaire)
Le samedi 24 mai 2003